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L'entreprise apprenante, facteur d'inclusion

Pourquoi devenir une entreprise apprenante ? Retrouvez la tribune de Mehdi Houas, président de Talan.

  • /Talan

Pour s'adapter en permanence à son environnement, une entreprise doit être ouverte et s'enrichir de la diversité. C'est en particulier en tirant partie de l'intelligence collective qu'elle pourra plus facilement embarquer tous ses collaborateurs sur la voie de la transformation, aujourd’hui numérique mais permanente en tout état de cause.

Nous vivons une époque extraordinaire, faite de disruptions et de défis inédits. Les nouvelles technologies nous convient ni plus ni moins à inventer notre futur. L'intelligence artificielle, le big data, l'internet des objets ou la blockchain transforment en profondeur notre façon de travailler. C'est un bouleversement radical. Les vagues technologiques précédentes visaient à améliorer les processus existants. La révolution actuelle propose, elle, de les réinventer, rompant avec la progression linéaire qui prévalait jusqu'alors.

Si ce changement de paradigme est porteur de belles promesses, il peut aussi donner le vertige. Selon une étude publiée par Dell et l’Institut pour le futur, 85% des emplois de 2030 n’existent pas encore. Il y a donc fort à parier que vous exercerez dans l'avenir un métier auquel votre formation initiale ne vous a pas préparé. Pour faire face à cette obsolescence programmée des compétences, la seule solution consiste à se former tout au long de la vie. Selon la formule consacrée : il faut apprendre à apprendre.

Ne nous voilons pas la face. Conformément à la théorie de la « destruction créatrice » de l'économiste Joseph Schumpeter, l'intelligence artificielle commencera par détruire massivement des emplois. La question centrale devient donc : l’IA réussira-t-elle par la suite à créer plus d’emplois qu’elle n’en aura détruits, dans un cadre inclusif, en embarquant tout le monde sur la voie de la transformation, femmes et hommes, juniors et seniors ? À l'inverse du discours dominant qui fait des nouvelles technologies un facteur d'exclusion, je crois qu'elles sont, au contraire, inclusives. Cela ne veut pas dire que tout le monde doit apprendre à coder pour trouver sa place dans ce « nouveau monde », de même qu'il n'y pas eu besoin de savoir comment fonctionne un moteur pour conduire une voiture. Le terrain de jeu est immense, chacun peut et doit y trouver sa place, dans le cadre d’une intelligence collective.

Pour regénérer son ADN, il faut aussi savoir le mélanger à d'autres

Face à ces défis, l'entreprise a un rôle clé à jouer. Elle doit être ouverte, s'enrichir de la diversité, tous ses membres apprenant les uns des autres. Cet enrichissement par la différence consiste à marier des profils a priori antagonistes. Je n'apprends rien de quelqu'un qui me ressemble. C'est l'ouverture à des personnalités différentes par leur origine, leur culture, leur parcours qui me nourrira. Pour regénérer son ADN, il faut savoir le mélanger à d'autres.

L’intelligence collective permet à une entreprise d'aller plus vite, d’innover plus, de s'adapter en permanence à son environnement. En cela, l'intelligence collective est une forme d’intelligence artificielle. Un modèle d'apprentissage automatique (machine learning) qui va aller chercher de nouvelles occurrences, de nouvelles cohérences qui ne seraient jamais venues à l'esprit d’un concepteur solitaire ou isolé.

Il est important que les valeurs d’ouverture et de pluralité soient reflétées dans les équipes et dans les façons de travailler. Aujourd’hui, nous savons faire travailler dans une même équipe des consultants métiers, des experts technologiques, des codeurs, des profils qui n’avaient pas l’habitude de travailler ensemble, et ainsi raccourcir le cycle des projets. L’intervention de philosophes et de sociologues dans la conception de solutions permet également de prendre en compte la dimension éthique de processus basés sur des algorithmes et, donc, d’éviter les biais.

De plus, devenir une entreprise apprenante est un levier d'attraction et de rétention des talents. Les actifs des générations Y et Z ne cherchent plus qu'un simple emploi mais à donner un sens à leur vie. Il faut leur offrir un terrain de jeu afin qu'ils puissent s'épanouir à 360°. Ce n'est pas un geste philanthropique mais un levier de performance. Un collaborateur heureux de venir au travail servira mieux les intérêts des clients de l'entreprise.

Système vivant, l'entreprise s'enrichit de son écosystème

Comme un système vivant, l'entreprise apprenante s'enrichit aussi de son écosystème composé de clients, de partenaires, de concurrents potentiels. Hackathons, ateliers de co-construction, digital factory, coding dojo… différents formats permettent l'échange d'expertises et l'instauration de nouvelles façons de travailler où l'erreur fait partie intégrante du process d’apprentissage et de transformation. Basées sur des cycles courts, les méthodes agiles autorisent ce droit à l'erreur. Il n'est plus nécessaire de développer six mois un produit pour s'apercevoir que l'on s'est trompé et ainsi changer de direction.

Bien sûr, la transformation numérique n'est pas un long fleuve tranquille. A tous les niveaux, de bas en haut de la pyramide hiérarchique, on observe des freins à l'adoption des nouvelles technologies. Il faut s'interroger sur leur sens. Soit les peurs sont légitimes et il convient alors de les comprendre, de remonter à leur origine et de les prendre en compte dans le processus de transformation. Soit les peurs sont infondées et il faut alors accompagner l'utilisateur sur la voie du changement sans jamais passer en force.

Sortir de sa zone de confort peut paraître douloureux. Il faut enlever cette angoisse, faire entrer l'individu dans une dynamique positive. En cela, nous vivons une révolution comparable à celle vécue par l'industrie dans les années 90 avec la montée en puissance de la robotisation et de l'automatisation. L'école française estimait que les robots allaient détruire des emplois sans en créer tandis que l'Allemagne prenait le contrepied avec le succès qu'on lui connaît.

L’entreprise apprenante nous permet de construire, avec sérénité, un futur plus inclusif et, par conséquent, plus prospère. Peut-être l’avènement d’un nouveau siècle des Lumières ?