open langage menutoggle menu
Actualités t3://page?uid=116

RSE : quelles conditions pour que la DAF reste la « tour de contrôle » dans l’entreprise ?

Analyse, pilotage, aide à la décision : depuis toujours, la DAF est l’interlocutrice privilégiée de la direction générale pour aiguiller la stratégie de l’entreprise. Pourra-t-elle conserver ce rôle à l’ère des enjeux sociétaux et environnementaux ? Oui, sous certaines conditions.

Par Cécile Lafon, Partner Talan Consulting et Valérie Camon, Responsable de l'offre EPM chez Talan à Lyon


S’outiller pour produire des reportings RSE de qualité

Si elles veulent produire de manière fluide, rapide et automatique les reportings exigés par la directive CSRD, les entreprises et leur direction financière devront se doter d’une solution technologique adaptée. En effet, ces reportings (baptisés « ESG » – environnementaux, sociétaux, de gouvernance) s’appuient sur des données que l’entreprise n’a pas l’habitude de collecter ou de traiter – des données internes, telles que les spécifications techniques des produits, mais aussi externes, comme par exemple le mix énergétique des marchés sur lesquels l’entreprise intervient.

Pour les DAF, utiliser de nouveaux outils n’est pas inhabituel. Néanmoins, en matière de RSE, l’enjeu n’est pas seulement de proposer des données aussi fiables que le sont les données comptables ou fiscales : il faudra également être capable de conseiller la direction générale sur la façon de concilier, de la manière la plus harmonieuse qui soit, la performance économique avec les objectifs environnementaux et sociétaux de l’entreprise. Si cette mission peut paraître ambitieuse, elle n’est pas insurmontable du moment que l’on dispose d’un outil capable d’assurer la collecte, le traitement et l’analyse des données RSE.

 

Se former aux enjeux sociétaux et environnementaux

Mais la technologie ne fait pas tout : en parallèle, les DAF devront développer une sensibilité aux enjeux RSE. Or, les financiers d’entreprise n’ont pas été formés pour cela. Certes, les lignes sont en train de bouger : plusieurs grands établissements (Kedge Business School, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, etc.) se sont dotés de cursus en finance durable. Objectif : former des profils financiers capables de placer sur un même pied les enjeux RSE et la performance économique. Mais il faudra encore quelques années avant que les actuels étudiants puissent prendre en charge des projets d’ampleur comme celui qui s’impose aujourd’hui aux entreprises. Pour l’heure, celles-ci n’ont pas le choix : elles doivent s’appuyer sur leurs profils « capés », dont beaucoup ont débuté leur carrière à un moment où le rapport de force entre économie et écologie était en faveur de la première. Dans ces conditions, elles ne pourront pas faire l’impasse sur la formation continue.

 

Pour rester tour de contrôle, la DAF doit impérativement apprendre à intégrer les enjeux sociétaux et environnementaux à sa réflexion quotidienne, qui est encore basée sur des éléments purement comptables et financiers.

 

Accepter d’évoluer en même temps que l’entreprise

Nouveaux outils d’analyse, nouvelles données, acculturation aux enjeux environnementaux et sociétaux… Dans les mois et années à venir, la prise en compte des questions RSE bouleversera les habitudes des directions financières. Mais au-delà des évolutions techniques et réglementaires, c’est surtout leur vision de l’entreprise et de la performance qu’elles devront interroger. Car dorénavant, créer de la richesse ne suffit plus : pour rester en bons termes avec la société civile et les consommateurs, les entreprises doivent devenir exemplaires sur les plans éthique et moral. Et il en va de même si elles veulent séduire les meilleurs talents : autrefois attirés par les multinationales les plus performantes, les salariés regardent désormais du côté des « sociétés à mission » – et se soucient moins du salaire, du moment que le travail a un sens.

Parce qu’elle est depuis toujours la tour de contrôle de l’entreprise, la direction financière sera, qu’elle le veuille ou non, impliquée dans ces mutations. Le scandale Enron l’avait obligée à améliorer sa maîtrise des risques ; la crise de 2008, à faire un effort de transparence et de communication. Désormais, la direction financière doit réussir son acculturation aux enjeux RSE, quitte à devoir changer de dénomination. C’est le seul moyen, pour elle, de continuer à remplir sa mission de vigie et d’aider l’entreprise à transformer son modèle d’affaires pour être capable de répondre aux défis de demain.