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La formation, nerf de la guerre de l'IA.

Yves Poilane, directeur de Télécom Paris, était invité par Talan sur son stand à Viva Technology. Il est revenu sur la place de la formation française dans le domaine de l'intelligence artificielle.

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Depuis que l’intelligence artificielle Deepmind a battu le champion du monde de go, Lee Sedol, la présence de cette technologie ne cesse de croître dans notre quotidien et dans les nouvelles offres des entreprises. Plus qu’un buzz word, l’intelligence artificielle est une nouvelle révolution technologique qui bouleverse notre société, avec comme moteur principal le deep learning.

Les États-Unis et la Chine ont une avance considérable sur l’Europe dans le domaine. Il est temps d’agir pour que la France ne soit pas en retard sur le plan économique, malgré ses nombreux atouts. Comme l’a souligné Cédric Villani dans son rapport en mars 2018, nous avons la chance d’avoir un système d’enseignement supérieur et de recherche d’excellence qui dispense des formations de très haut niveau scientifique en mathématiques et informatique. Yann Le Cun, chercheur en intelligence artificielle et lauréat du Prix Turing 2018, en est l’exemple même.

Mais ce qu’on oublie parfois, c’est que l’« exception française » est aussi celle d‘une formation scientifique pluri-disciplinaire (maths, info, électronique, mécanique, énergétique…) et intégrant les sciences humaines et sociales. Ce dernier volet est essentiel pour les interactions entre la technologie et l’humain. Car, pour développer l’intelligence artificielle, nous avons besoin de personnes qui sachent à la fois penser les algorithmes, concevoir les architectures informatiques, imaginer puis déployer les réseaux de capteurs qui vont récupérer les données, les qualifier ou encore superviser les apprentissages.

Il n’est d’ailleurs pas surprenant que la plupart des entrepreneurs dans le domaine de l’IA aient une formation d’ingénieurs, à l’image de Bruno Maisonnier, créateur d’Aldebaran Robotics.

S’agissant du financement, les recommandations du rapport Villani ont été entendues par le gouvernement et les premières initiatives voient le jour, comme la labellisation de quatre Instituts Interdisciplinaires de l’Intelligence Artificielle. Toutefois, la place dévolue au financement de la formation reste très modeste.

Or, pour faire de la France la championne mondiale de l’IA, comme souhaité par Emmanuel Macron, il faut que toutes les parties prenantes (Etats, entreprises, étudiants, mécènes…) se mettent autour d’une table pour revisiter, ensemble, le business model de la formation supérieure française en sciences et technologies.

Pour cela, plusieurs pistes sont à explorer :

  • Surfer sur l’essor du e-learning et créer une rupture avec les modes pédagogiques traditionnels. Augmenter la part des formations en ligne nous permettrait de réduire le coût de formation d’un ingénieur. Mais, si les pure players de l’e-learning ont d’ores et déjà lancé des programmes intégralement en ligne, il reste à voir le réel impact que cela pourrait avoir sur un établissement tel que Télécom Paris Tech ;
  • Continuer de mutualiser les établissements pour augmenter notre visibilité à l’international et pouvoir attirer les talents, professeurs et étudiants. Dans cette optique, nous avons récemment créé l’Institut polytechnique de Paris, réunissant l’École polytechnique, l’ENSTA ParisTech, l’ENSAE ParisTech, Télécom ParisTech et Télécom SudParis ;
  • Mobiliser les différentes parties prenantes de notre écosystème pour augmenter le financement de nos établissements. L’État, tout d’abord, qui, en augmentant son financement, lancerait un signal explicite aux autres financeurs. Ensuite, au regard des salaires d’embauche des diplômés, nous pourrions suivre les recommandations constantes de la Conférence des Grandes Ecoles depuis 10 ans et augmenter les frais de scolarité, par un remboursement différé, en amplifiant le système redistributif des bourses bien sûr. Enfin, nous devons développer nos relations avec les entreprises, notamment en multipliant les chaires ou via du mécénat privé. Au sein de Télécom ParisTech, nous avons près d’une quinzaine de chaires, dont une avec Talan « Methods and Algorithms for Artificial Intelligence ». Sur le sujet du mécénat, nous sommes très en retard par rapport à nos voisins européens. Cela s’explique notamment par une différence culturelle très forte, cette pratique n’étant pas du tout répandue en France. À titre d’exemple, the Technical University of Munich (TUM) et la fondation Dieter Schwarz vont créer un centre d’IA grâce à un don du fondateur de Lidl, Josef Schwarz.

Aujourd’hui, il nous manque un milliard d’euros pour relever le défi des compétences en IA en France, sommes-nous prêts à opérer les changements nécessaires pour nous donner les moyens de nos ambitions ? Car si les données sont le carburant de l’intelligence artificielle, le carburant des formations en Intelligence Artificielle reste…l’argent.