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ENVIRONNEMENT : les technologies numériques, opportunités ou menaces pour la planète ?

Auteur :  Antoine NGUYEN (Consultant au sein de Talan Consulting)

Les entreprises doivent faire face à deux défis : l'augmentation de la prise de conscience des problèmes sociaux et environnementaux à l'échelle mondiale et l'adoption de réglementations de plus en plus strictes en matière de déclaration de bilan carbone et de responsabilité sociale et environnementale (Directive CSRD, ESG, Décret Tertiaire, Loi Climat, etc.). De plus, les données montrent que nous vivons une ère technologique sans précédent, qui ne cesse de s'accélérer avec l'adoption de technologies telles que la data, l'IA, la blockchain, le cloud et l'IoT. Les entreprises ne peuvent plus se passer de ces nouvelles technologies et doivent les intégrer dans leur stratégie et dans leurs changements de business models sous peine de disparaître dans la plupart des cas.

Toutefois, la question qui se pose est de savoir à quel coût (en termes de bilan carbone) cela se fera-t-il ? Ces deux tendances ne sont-elles pas contradictoires ? Comment concilier la data et l'empreinte carbone ?

 

Un problème de quantification des émissions du numérique

Selon une étude du Shift Project, 73% des Français ne sont pas conscients de leur empreinte carbone liée au numérique ni même de la notion d'écologie numérique. Ce secteur émet pourtant actuellement 4% des gaz à effet de serre (GES) dans le monde, soit 1,5 fois plus que le secteur aérien.

Bien que la tendance actuelle soit de réduire l'utilisation de l'avion (célèbre « flygskam » en suédois ; littéralement « honte de prendre l’avion » privilégiant ainsi d’autres modes de transport), il n'y a rien de tel en ce qui concerne notre consommation croissante du numérique. Cela peut s’expliquer par la complexité à estimer les émissions de carbone dans ce secteur ainsi que par la faible sensibilisation au sujet. L'aspect "invisible" du numérique contribue également à cette sur-utilisation. Pour aider les utilisateurs à estimer leurs émissions de carbone, Le Shift Project a développé un calculateur appelé Carbonalyser, disponible sous forme d'extension du navigateur internet ou d’une application pour smartphone. Cet outil n'a pas pour objectif d'évaluer ou d'auditer l'empreinte carbone, mais plutôt de sensibiliser individuellement à l'impact environnemental de l'utilisation du numérique.

 

Un usage virtuel mais une présence bien matérielle

Il est souvent difficile de se rendre compte de l'impact polluant du numérique. Il est en effet souvent l’objet d’une forte dématérialisation et d’usages virtuels. Pourtant, son impact se matérialise bien dans le réel à travers les terminaux que nous utilisons chaque jour. En 2021, il y avait 35 milliards d'appareils connectés à Internet, tels que smartphones, ordinateurs, téléviseurs, consoles de jeux et petits appareils connectés. Selon les estimations, ce chiffre devrait doubler d'ici 2024. Ces appareils doivent être fabriqués dans des usines qui consomment beaucoup d'énergie et utilisent des métaux rares et d'autres matériaux dont l'exploitation est insoutenable. Selon le Shift Project, 90% de l'énergie consommée par un smartphone au cours de sa vie est utilisée lors de sa fabrication. C'est pourquoi, il est important de garder son appareil le plus longtemps possible pour réduire son impact carbone. Cela passe par des politiques matérielles et logicielles ambitieuses en termes de lutte contre l’obsolescence programmée.

La production et l'utilisation d'appareils électroniques représentent à eux seuls deux tiers des émissions de carbone liées au numérique. Le reste est imputable aux centres de données (data centers) et au réseau informatique.

Pour regarder votre série préférée sur votre ordinateur, la vidéo doit être stockée sur un serveur distant dans un data center. Lorsque vous lancez votre film préféré sur votre appareil, une requête est envoyée depuis celui-ci vers le serveur qui stocke les données, puis la vidéo est reçue en streaming en parcourant le chemin inverse. Cela signifie que les données peuvent parfois parcourir des centaines de kilomètres à travers des réseaux physiques qui doivent être installés au préalable. De plus, pour que les données soient accessibles 24h/24 et 7j/7, les serveurs doivent fonctionner en permanence et donc consommer de l'électricité. D’autre part, du fait de l'effet Joule, les data centers émettent une grande quantité de chaleur qui doit être dissipée avec différentes techniques de refroidissement, la plus courante étant la climatisation. Selon les estimations, les data centers mondiaux consomment autant d'électricité que la France au niveau mondial et 50% de cette énergie est exclusivement consacrée à leur refroidissement. Dans un contexte où nous doublons la quantité de données globales tous les deux ans, il est facile d'imaginer que la consommation de ces infrastructures va continuer à augmenter dans le futur. Il est donc primordial que les géants du Cloud accélèrent leurs efforts, déjà importants, afin de diminuer l’impact de leurs infrastructures.

 

Les nouvelles technologies, des alliées précieuses pour réaliser des économies d’énergie

La réduction des déchets et la gestion responsable de l'énergie sont devenues essentielles pour les entreprises. Cependant, s'engager pour l'environnement est aussi une décision judicieuse sur le plan financier. Les entreprises qui mettent en place des stratégies vertes, comme la réduction des déchets, l'efficacité énergétique et la maintenance prédictive, réaliseront des économies sur le long terme.

Actuellement, les stratégies de gestion de l'énergie incluent souvent l'utilisation de technologies combinant l'Internet des Objets (IoT) et l'apprentissage automatique ou le machine learning (IA). Par exemple, dans les bâtiments connectés (voir article associé), la multitude de données fournies par les compteurs intelligents et les capteurs peuvent être analysées grâce à l'IA pour comprendre et optimiser la consommation d'énergie en minimisant les gaspillages et en améliorant les opérations commerciales. L'IA peut également permettre l'envoi d'alertes et de notifications en temps réel, ainsi que l'automatisation de certaines fonctionnalités clés, comme la climatisation et l'éclairage.

En général, les nouvelles technologies ont contribué à réduire l'impact carbone des particuliers et des entreprises. Le cloud, les données et la 5G ont permis de nombreuses applications qui ont simplifié notre vie, comme le télétravail, la dématérialisation de documents, les visioconférences et la collaboration sur des fichiers.

La directive CSRD va elle-même nécessiter une mobilisation générale des outils numériques afin de pouvoir mesurer, agréger et fournir les indicateurs pertinents à tous les niveaux des entreprises. Cela permettra aux directions, aux organismes de financement et aux états de mieux agir et décider, grâce au numérique.

 

Des économies d’énergie qui ne se feront pas sans frugalité

Au fil des innovations technologiques, apparaît souvent un facteur d'efficacité qui permet non seulement la facilitation de l'accès à la ressource mais également la diminution du prix unitaire de celle-ci. Ce facteur est à l'origine de ce que l'on appelle l'effet rebond. Le surplus de ressources dégagées par l'amélioration de l'efficacité des systèmes est alors utilisé pour une surconsommation du même produit ou d'un autre. L'effet rebond est une bonne chose au début car il permet d'allouer le surplus de ressource aux besoins des populations et d'accélérer le développement économique. Cependant, une fois le niveau d'usage optimal atteint, l'effet rebond finit par engendrer un gaspillage.

Par exemple, dans le domaine des microprocesseurs, les innovations successives ont été fulgurantes depuis les années 70. Ils ont d’abord permis d’intégrer plusieurs composants dans un même circuit, puis d’optimiser de manière exponentielle la puissance de calcul tout en diminuant leur consommation d’énergie. Cela a contribué à diminuer drastiquement les matières premières utilisées pour une même puissance de calcul et par extension le prix unitaire final de cette puissance. Dans ce cas, si la demande en puissance de calcul demeure la même, on s’attendrait à une économie de matières premières (silicium, agents chimiques etc.). En réalité, la demande en microprocesseurs a continué de croître au fil des ans, tandis que leur puissance augmentait et que leur coût diminuait, ce qui a contribué à accélérer le rythme de renouvellement des applications.

L'effet rebond existe aussi pour des facteurs qui simplifient l’acte d’achat ou qui améliorent le fonctionnement d’une organisation humaine.

Dans ce contexte, le numérique a, lui aussi, apporté son lot d'améliorations en termes d'efficacité et de simplification ce qui suscite inévitablement un effet rebond.

Pour l'accès à internet, la baisse du coût unitaire de la puissance de calcul, du volume de stockage et du débit a entraîné une augmentation des offres et services liés à internet : visio-conférences, diminution des temps de latence lors des navigations sur Internet, puissance des moteurs de recherche, stockage vidéo/photo, applications diverses.

Ici, l'effet rebond a eu des conséquences importantes car tous les gains en efficacité ont été utilisés pour créer de nouveaux services. Ainsi, les innovations technologiques des trente dernières années ont contribué à la croissance économique et au bien-être matériel, mais elles ont également entraîné une explosion de nouveaux besoins et une surconsommation de terminaux numériques qui sont, comme évoqué, à l'origine de la pollution actuelle du numérique.

 

Les économies passeront par un engagement humain et un pilotage efficace des déploiements

Le numérique est donc une arme à double tranchant : les opportunités qu'il nous propose sont incontestables, les technologies sont un incontournable du progrès ; mais elles doivent être cadrées et raisonnées.  La responsabilité nous appartient de choisir la direction à donner aux usages du numérique pour être plus résiliant.

La frugalité est plus que jamais nécessaire pour être conscient des directions à prendre au vu des opportunités mais aussi des risques qui se présentent à nous. Il faut accompagner les petites actions du quotidien dans les organisations comme une meilleure gestion de ses e-mails, un pilotage intelligent des dépenses énergétiques, une meilleure réflexion sur le renouvellement et le déploiement des matériels est devenue essentielle. Pour des actions plus systémiques, il faut s’engager à bâtir de nouvelles règles et pratiques aux niveaux national et international afin de mieux piloter l’évolution des grandes organisations : c’est toute la philosophie du déploiement de la directive CSRD.  

De même le bilan énergétique net positif est techniquement possible. Pour cela, il faut que les comportements et les utilisations soient organisés et alignés sur les objectifs d'économie d'énergie et de préservation de notre avenir. Un accompagnement d’expert permettra, à n’en pas douter, aux entreprises de mieux s’armer pour mettre en place des pratiques plus raisonnées de la technologie.

 


 

Contact: Antoine NGUYEN – Consultant pour Talan Consulting 

 

Sources:

Internet : un outil pour calculer son empreinte carbone sur le web (positivr.fr)

Graphique: L'empreinte carbone de nos activités numériques | Statista

Smart Energy: utiliser l'IoT et l'IA pour réduire les déchets et augmenter les profits - fr.mobbybusiness.com.com

Effet rebond et changement climatique - La Jaune et la Rouge

Numérique - The Shift Project

L'empreinte environnementale du numérique | ArcepEffets rebond du numérique – EcoInfo (cnrs.fr)