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Directive CSRD : dans les entreprises, la coopération entre métiers, acteurs RSE et direction financière sera primordiale

L’entrée en vigueur de la directive CSRD obligera 50 000 sociétés européennes à se doter d’une stratégie RSE. Pour y arriver, elles devront s’appuyer sur l’expertise de leur direction financière et de leurs métiers.

Par Cécile Lafon, Partner Talan Consulting et Valérie Camon, Responsable de l'offre EPM chez Talan à Lyon


Reportings ESG : l’expérience de la direction financière sera précieuse

À partir du 1er janvier 2024, ladirective CSRD s’appliquera à toutes les entreprises cotées sur le marché européen, ainsi qu’à celles qui remplissent au moins deux des critères suivants : avoir un bilan de 20 millions d’euros, réaliser 40 millions d’euros de chiffre d’affaires, employer au moins 250 salariés. Au total, près de 50 000 entreprises devront produire un reporting extra-financier, alors qu’actuellement, seules 11 000 sont soumises à cette obligation.

Mais ce n’est pas tout : la directive CSRD introduit également un nouveau format de reporting, qui vise d’une part à faciliter les comparaisons sur la base de critères RSE, et d’autre part à rendre les reportings RSE aussi fiables que les reportings financiers. L’entreprise aura donc tout intérêt à s’appuyer sur sa direction financière, qui a l’habitude de jongler avec de nombreuses normes (que ce soit en comptabilité ou en fiscalité), et qui sera capable de produire un document digne d’être présenté aux actionnaires et aux parties prenantes.

 

Achats, R&D : des métiers indispensables à la déclinaison de la stratégie RSE

La directive CSRD consacre également le principe de « double-matérialité » en obligeant les entreprises à faire la distinction entre, d’un côté, l’impact de leur activité sur l’environnement et la société et, de l’autre, l’influence des questions environnementales et sociétales sur leur activité. L’objectif est simple : il s’agit de les encourager à trouver le juste équilibre entre performance économique et respect de l’environnement. Et donc, à élaborer une véritable stratégie RSE.

Si cette stratégie sera sans doute définie en haut lieu (direction générale, conseil d’administration), sa déclinaison opérationnelle devra nécessairement s’appuyer sur les métiers. En effet, quel service, sinon la R&D ou le bureau d’études, est capable d’améliorer la consommation énergétique des produits ? Et qui d’autre que le service achats est le mieux placé pour référencer les fournisseurs en fonction de critères sociétaux ou environnementaux ?

Mais encore faudra-t-il, au préalable, réussir à embarquer les collaborateurs. Car ils sont nombreux, aujourd’hui, à déplorer les postures de leur employeur à l’égard des questions sociétales et environnementales. En effet, pour 69 % des salariés, lorsqu’une entreprise formule sa « raison d’être » (c’est-à-dire sa mission vis-à-vis de la société et de l’intérêt général), c’est uniquement à des fins de communication[1]. Pour obtenir l’adhésion des collaborateurs, l’entreprise devra donc baser sa stratégie RSE sur des données fiables, et communiquer rapidement sur les premiers résultats obtenus.

 

Un changement de paradigme à appréhender au plus vite

La directive CSRD entrera en vigueur dans 18 mois : les entreprises ont donc intérêt à lancer une réflexion sans plus attendre si elles ne veulent pas générer une dette législative. En outre, les entreprises ne doivent pas sous-estimer le changement de paradigme que cette nouvelle réglementation implique. En effet, les dirigeants actuels sont encore très attachés à la conception friedmanienne de l’entreprise : ils ne s’imaginent pas contribuer à l’intérêt général autrement qu’en créant de la richesse. Pourtant, cela fait déjà plusieurs années que les consommateurs réclament une plus grande exemplarité des entreprises sur les questions liées à l’environnement. La réglementation ne fait donc que suivre les mœurs, et il y a fort à parier que dans les années à venir, les entreprises les plus compétitives et les plus attractives seront celles qui auront su évoluer. En ce sens, la directive CSRD ne doit pas être perçue comme une contrainte de plus, mais bien comme une opportunité de transformation pour faire face aux défis de demain.